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11 – Déclarer la guerre au dérèglement climatique

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Toutes les études récentes montrent que le dérèglement climatique est plus rapide et a des conséquences plus graves que ce qu’on annonçait il y a 5 ou 10 ans. L’ensemble des pays occidentaux continue à produire chaque année plus de gaz à effets de serre. La Chine inaugure chaque semaine une ou deux centrales au charbon. En Sibérie, le dégel du permafrost 1 libère dans l’atmosphère d’importantes quantités de méthane… Bilan ? La production de CO2 et de méthane augmente chaque année et l’océan en stocke moins que prévu… Si rien ne change, nous risquons bientôt de franchir un seuil après lequel il sera très difficile ou impossible de faire marche arrière.

Si nous voulons “gagner la course de vitesse” et sauver notre planète, il ne suffit pas de parler de “développement durable” ou de mettre en œuvre très lentement des Conventions internationales très peu ambitieuses. Si nous voulons gagner la course de vitesse, si nous ne voulons pas laisser à nos enfants une planète invivable, il faut AGIR. Il faut qu’un pays ou un groupe de pays passe à l’action et apporte très vite la preuve “grandeur nature” qu’on peut effectivement diviser par 4 la production de gaz à effet de serre 2 sans pour autant renoncer à une vie agréable.

Les négociations internationales sont indispensables mais elles ne sont absolument pas suffisantes. Il faut qu’un pays prenne de l’avance et change très vite et de façon radicale ses modes de vie. Il faut qu’un pays ou un groupe de pays prouve qu’un sursaut est possible.

Comment organiser un sursaut ?
Le dernier livre de Lester Brown 3 est très intéressant de ce point de vue. Il cite un exemple qui n’a rien à voir avec l’environnement mais montre comment, si on en a la volonté politique, il est possible de provoquer un sursaut : quelques jours après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, dans un grand discours à la nation, le président Roosevelt annonce que les Etats-Unis vont entrer en guerre et Roosevelt impose une réorganisation complète de l’industrie américaine : la partie la plus efficace de l’économie (l’industrie automobile) est quasiment réquisitionnée et mise au service d’un seul objectif : construire des avions et des tanks.

Et quand les patrons de l’automobile viennent le voir pour dire qu’il sera difficile de fabriquer en même temps des avions et des autos, Roosevelt leur explique qu’ils n’ont pas bien compris : on arrête complètement de fabriquer des autos ! On met 100 % de la puissance disponible sur l’objectif n° 1 : fabriquer des avions pour préparer l’entrée en guerre. Et ça marche ! En quelques mois, la production de voitures est divisée par 20 et le nombre d’avions qui sortent des usines dépasse les objectifs fixés par Roosevelt.

Notre pays va-t-il déclarer la guerre au dérèglement climatique et créer tous les emplois nécessaires pour gagner cette guerre ? Si nous sommes capables de faire cet effort, il sera plus facile de convaincre ensuite les autres pays du monde de faire de même ! C’est une question cruciale pour notre avenir.

« Pour combattre le dérèglement climatique, il y a trois priorités : 1. économiser l’énergie. 2. économiser l’énergie. 3. économiser l’énergie » explique un spécialiste de la question. Si nous voulons nous donner toutes les chances d’arrêter le réchauffement avant qu’il atteigne un point de non-retour, il faut agir très vite, avec le maximum de force, pour isoler tous les bâtiments (publics et privés), développer des énergies renouvelables (la biomasse 4 en particulier) et accélérer le reboisement pour absorber un maximum de CO2 (en Europe comme dans le reste du monde)…

Un effort considérable pour isoler les bâtiments
Suite au Grenelle de l’environnement, le gouvernement a décidé de créer un Prêt à taux zéro pour aider ceux qui souhaitent faire des travaux d’isolation. C’est sympathique mais totalement insuffisant. Dans leur dernier livre 5, Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean avancent une proposition nettement plus audacieuse : rendre obligatoireun vrai diagnostic thermique et les travaux d’isolation nécessaires, à chaque fois qu’un appartement ou une maison change de main.

En France, aujourd’hui, la loi oblige quiconque veut vendre une maison ou un appartement à faire un diagnostic amiante et un diagnostic termites. Si ces deux diagnostics ne sont pas faits, légalement, la vente ne peut pas avoir lieu.

De même, nul ne peut vendre une voiture s’il n’a pas fait le contrôle technique et, éventuellement, les mises aux normes qu’il rend nécessaires. Pourquoi ne pas rendre obligatoire un vrai diagnostic et les travaux de mise aux normes thermiques avant de vendre ou de louer un bien immobilier ? C’est effectivement quand le local est vide qu’il est le plus facile de faire des travaux. Nul de devrait s’opposer à cette proposition, s’il a compris la gravité de la situation.

Concrètement, on fait comment ?
Les entreprises du bâtiment vont devoir recruter et former un bon nombre d’ouvriers et de chefs de chantiers : « Les matériaux nécessaires pour isoler les bâtiments, on les a, estime un patron du bâtiment à qui le projet a été soumis. Par contre, recruter et former les gars, ça n’est pas possible en 3 semaines ! Mais en un an ou deux, on peut monter en charge sans difficulté. S’il faut en même temps isoler tous les bâtiments publics et isoler tous les bâtiments privés qui changent de main, on peut créer au moins 100 ou 150.000 emplois.»

Une autre question va se poser si l’on rend obligatoire l’isolation de tous les logements : on a vu plus haut que la France manque déjà de logements. Si, en permanence, 200.000 ou 300.000 logements sont inhabitables pendant quelques semaines parce qu’ils sont en travaux, cela va encore accroître les tensions sur le marché du logement ! C’est un vrai problème… sauf si on met en œuvre en même temps les propositions développées plus haut : construire très massivement de nouveaux logements et ne pas laisser le marché dicter le niveau des loyers. Aux Pays-Bas ou en Allemagne, on voit grandeur nature qu’investir massivement dans le logement est une responsabilité collective (politique ou syndicale) et constitue en même temps un investissement rentable, un excellent moyen de créer des emplois et un bon moyen de distribuer du pouvoir d’achat 6… Pourquoi ne pas s’inspirer très vite de ce qui marche aux Pays-Bas et en Allemagne ?

1 Le sol congelé de la Sibérie qui se dégèle quand la température monte et libère du méthane, qui a un impact plus important encore que le CO2 en terme de réchauffement climatique.

2 Pourquoi “diviser par 4” ? C’est l’engagement pris en 2003 devant la Communauté internationale par la France : diviser par 4 notre production de gaz à effet de serre d’ici 2050. Si l’on veut stabiliser la température de l’atmosphère, les climatologues estiment qu’il faut globalement diviser par 2 les émissions de gaz à effet de serre de l’humanité. Mais aujourd’hui les émissions des pays riches sont nettement supérieures à celles des pays en voie de développement qui vont forcément augmenter et converger vers le niveau atteint par celles des pays riches. A long terme, on voit mal en effet comment on pourrait diviser l’humanité en deux : d’un côté, ceux qui ont le droit de gaspiller (parce qu’ils gaspillent depuis longtemps) et, de l’autre, ceux qui doivent se serrer la ceinture (parce qu’ils ont longtemps été pauvres et qu’ils ont donc une certaine habitude de la frugalité ? ? ?). Si on considère que le principe d’égalité s’impose en matière d’empreinte écologique comme dans bien d’autres domaines, les pays occidentaux doivent, le plus vite possible, diviser par 4 leur production de gaz à effet de serre.

3 Le Plan B, Calmann Lévy 2007.

4 l’ensemble des matières organiques d’origine végétale (algues incluses), animale ou fongique pouvant devenir source d’énergie par combustion (ex : bois énergie), après méthanisation (biogaz) ou après de nouvelles transformations chimiques (agrocarburant)

5 “C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde” Seuil. Janvier 2009

6 Les seuls perdants seraient ceux qui aujourd’hui profitent de l’augmentation scandaleuse des loyers.

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