Quelle finance d’après crise ? Une conférence à la Sorbonne

Comme lors de la conférence du collectif Roosevelt Sorbonne consacrée à la question du travail, celle concernant la finance d’après crise a attiré un public nombreux au point de faire salle comble une seconde fois.

A la présence de Paul Jorion, anthropologue spécialiste des questions économiques qui était prévu, s’est ajouté cellede Christophe Nijdam, ancien banquier, spécialiste des produits dérivés et professeur à Science Po. Si la présence de ce dernier n’était pas assuré, sa venue a permis de tenir un débat de haut niveau pendant près de deux heures.FlyerSorb

Chacun des intervenants étant spécialiste dans leur domaine, leurs présentations ont été très complémentaires.

La conférence a débuté avec une intervention de Paul Jorion qui a effectué un rapide historique de la crise des subprimes débutée aux Etats-Unis et ses conséquences sur le reste de l’économie. Conformément au thème de la conférence, il a ensuite listé une série de mesures indispensables selon lui pour en finir avec une système économique de nature hautement toxique qui met en péril la stabilité économique international.

Mais tentant de brosser un tableau objectif de la situation économique actuel, il a été obligé de reconnaître qu’aucune de ces mesures pourtant indispensables n’ont été prises jusqu’à présent. Il a notamment cité l’exemple du département américain de la justice qui sous la pression du département du Trésor a été contraint de renoncer à des poursuites envers les principaux responsables de la crise économique de 2008, afin de ne pas mettre en péril l’économie américaine et mondial. Sa vision des choses plus réaliste, qu’optimiste est que le rapport de force actuel entre les responsables politiques et les élites financières est à l’avantage des seconds qui refusent systématiquement toute réglementation pourtant indispensable au bon fonctionnement de l’économie mondiale.

2014-03-26Il a terminé cette intervention en listant 4 scénarios probables en ce qui concerne la finance d’après crise :

  • le premier consistant à reproduire à l’identique le système économique précédant sans volonté aucune de changement,
  • le second à reproduire le système économique précédent avec la volonté de le réformer une fois l’économie stabilisé,
  • un troisième consistant à refonder l’économie mondiale sur des bases plus saines en évitant les impasses du système actuel,
  • le dernier étant d’acter que le système économique international est destiné à s’effondrer dans son ensemble avec des conséquences difficilement prévisible.

SoMr Njidam a alors pris la parole et a de manière très pédagogique expliqué le fonctionnement des produits dérivés et leur implication dans le passage d’une crise économique géographiquement situé, à une crise systémique généralisée. Ancien banquier spécialiste des produits dérivés, Cristophe Nijdam est d’autant mieux placé pour expliquer le rôle et les conséquences de la multiplication de ces produits dérivés qui menacent la stabilité économique mondiale. Prenant un exemple très simple, il a expliqué que les produits dérivés consistaient à se ménager la possibilité de s’assurer non pas sur ses propres biens, mais aussi sur les biens d’autrui. Prenant l’exemple d’une assurance anti-incendie, cela consiste à s’assurer en cas d’incendie de la maison de son voisin, ce qui pousse évidemment des investisseurs peu scrupuleux à s’assurer que la maison de son voisin prenne feu, afin de pouvoir toucher la prime. Cet exemple trivial prend tout son sens lorsqu’on pense à la situation de la Grèce en pleine crise des dettes souveraines où certains investisseurs ont sciemment spéculé contre la Grèce afin de toucher les primes des assurances auxquels ils avaient auparavant souscris.

SorbonneMr Nijdam a poursuivi sa démonstration en insistant sur le caractère hautement toxique de ces produits dérivés, qui, parce qu’ils n’apparaissent pas dans le bilan des grandes banques, sont présents dans toute l’économie mondiale sans qu’on en ait forcément conscience. Une crise économique local peut donc en un instant se transformer en crise systémique généralisée sans que l’on ait aucun contrôle sur la situation.

Il a ensuite exposé que ces échanges de produits dérivés échappant à tout contrôle représentent actuellement environ dix fois le PIB mondial, ce qui place de fait l’économie mondiale dans une possible situation de crise systémique à tout instant.

Le public présent a alors eu la possibilité de poser des questions aux deux intervenants et la suite de la conférence s’est orientée en fonction des questions posés.

Mr Njidam devant quitter la conférence plus tôt pour des raisons professionnelles, Paul Jorion a conclu cette conférence en faisant une analyse historique et anthropologique de la situation économique actuelle. Il a rappelé que ce système trouve son origine à la fin du XIXème siècle. Notamment avec le développement du libéralisme économique à l’échelle occidentale et le financement de grands projets comme le canal de Panama et celui de Suez qui nécessitait des investissements colossaux dont personne ne disposait. Il a alors rappelé que c’est à cette époque qu’un nouveau système de comptabilité a été mis en place afin de lever des fonds qui n’existaient pas encore. Les prémices d’une économie de marché capitalistique, déconnectée de l’économie réelle.

Sor

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