Salle comble à la Sorbonne pour débattre du temps de travail

Travailler plus ? Travailler moins ? Quel emploi pour le XXIe siècle ? 

Flyer

La salle était comble mardi soir dans l’amphithéâtre de Gestion à la Sorbonne, pour la conférence sur le temps de travail avec Michel Rocard, ancien Premier ministre, et Pierre Larrouturou, économiste et président du Collectif Roosevelt.

Révolution de la productivité, sens de l’histoire, bien-être familial et personnel, levier efficace pour combattre le chômage… la semaine de 4 jours a fait débat !

P1040477.JPG_effected

Retrouvez ci-dessous les interventions de Michel Rocard en vidéo :

1. Six défis à surmonter

Michel Rocard commence par énumérer les principales évolutions actuelles qui sont autant de défis dangereux, sinon mortels, à surmonter. Ils sont tous différents, certains en interférence directe avec d’autres, mais surtout, ils nous arrivent tous en même temps !

  • Le chômage et la précarité ;
  • La désorganisation financière, en partie cause du chômage ;
  • La crise des dettes souveraines en Europe. Cette crise de l’Euro pourrait être un détonateur capable de faire sauter le foutoir financier mondial ;
  • Le réchauffement climatique, dont la cause est la frénésie financière qui s’est emparée du capitalisme ;
  • Les pays développés (Amérique du Nord, Europe, Japon) commandent encore maintenant le monde, mais dans 30 ans ce sera fini !
  • La violence, civile, militaire, religieuse augmente. La piraterie maritime ou les gangs de la  drogue au Mexique ou en Colombie sont mieux armés que ces deux pays !

2. Le contexte médiatique

Michel Rocard s’en prend aux systèmes médiatiques (et pas seulement français) qui sont partout. Ils empêchent les explications et la compréhension d’enjeux majeurs. L’une des conséquences c’est la visibilité permanente des politiques qui n’ont plus le temps de penser.

3. Le chômage et son corollaire, la durée du travail

Michel Rocard aborde longuement la question du chômage et son corolaire, le temps de travail.

L’économie de marché, fort ancienne, a concerné les individus (vendeurs/acheteurs) qui vivaient du rapport direct avec la nature. L’arrivée de la machine à vapeur, de l’électricité, etc. ont permis à beaucoup de gens de travailler ensemble sur une même source d’énergie. On a créé des sociétés anonymes permettant de rassembler des épargnants autour d’un même projet. Cette nouvelle forme du marché s’appelle le capitalisme où vont se confronter, non des individus, mais des groupes très puissants.

Le capitalisme s’est vraiment constitué autour de 1850. Jusque dans les années 1972, en dehors des périodes de crises (violentes mais courtes), il a fonctionné avec un système de plein emploi.

La variable était la durée du travail. En 185,0 on travaillait 17h par jour, samedi compris, sans congés payés ni retraite, soit 4.000 heures par an ! Autour de 1900, on est passé à 3000h/an (Etats Unis, Europe). Avant la seconde guerre mondiale, on est à 2000h/an. Ce mouvement de baisse va être continu après la guerre, presque tous les pays développés étant au même rythme. Dans les années 1970 on est autour de 1600h/an. Ce mouvement de baisse, dans ces pays, s’arrête entre 1970 et 1975. Il semble qu’il y ait un blocage psychologique au-dessous de 40H/semaine. Alors que la productivité continue. Que s’est-il passé ?

Les années 70 sont une période de tassement du potentiel de puissance que comporte le capitalisme. Il y eut les chemins de fer, puis l’automobile (évocation de Ford) dont le marché arrive à saturation dans les années 1972. Il n’y a plus que du renouvellement, donc déclin du processus de croissance. C’est la même chose, et à peu près au même moment pour l’électroménager (la machine à laver) et l’électronique (Télévision N&B). D’où la catastrophe pour le niveau de l’emploi.

En septembre 1930 Keynes écrivait : “on sort de la rareté” ; et il se demande si à la fin du XXème siècle il ne suffira pas de 3h par jour ou de 15 heures par semaine de travail productif pour que l’humanité subvienne à ses besoins ! Et il poursuit : “quand je vois ce que les gens très riches de notre temps font de leur argent, je me demande s’il n’y a pas lieu de craindre une dépression nerveuse universelle !!”

Le cas français. Seule la France a fait des lois sur la durée du temps de travail. Ces lois pour tous (petites et grandes entreprises) ne permettaient pas la négociation et la flexibilité nécessaires pour harmoniser le temps de travail. Alors que partout à ailleurs çà s’est fait sans l’imposition d’une loi.

Le Front populaire impose les 40 heures sans aucune accommodation ni dérogation. Et donc çà laisse des souvenirs pour les Etats et les patrons. On constate également que la production s’est mise à baisser.

Quand Mitterrand est réélu, des négociations sur la durée du travail semblent possibles entre patronat et CFDT. La CGT dit oui, mais avec un salaire totalement préservé nationalement, indépendamment de la situation des entreprises. C’est ainsi qu’on a fait les 39h payées 40, sans compensation pour les entreprises ; aucune négociation possible. Le résultat : aucune signification pour l’emploi et on passe à 3,5 millions de chômeurs avec l’arrivée de Jospin.

Retour avec Jospin et Martine Aubry à la variable « durée du temps de travail ». On se dit   (ceux qui ont réfléchi à la question !) qu’il faut une incitation pour que les négociations s’ouvrent et aient des chances de réussir. Le gouvernement et Martine Aubry s’y opposent pour la raison que la majorité parlementaire ne fera pas confiance aux patrons pour rétrocéder aux travailleurs sous la forme d’embauches un avantage résultant des décisions du patron. « On s’est beaucoup engueulé là-dessus tous les deux », dit Rocard ! La décision fut tragique. Souvenons-nous cependant que ces 35h ont permis de créer 350.000 emplois ! Mais l’espoir, c’était d’en créer un million…

Tout çà a fait une formidable bataille politique. PME et PMI se sont solidarisées en disant : on n’appliquera pas la loi ! L’UMP les soutient. D’où blocage. Le résultat c’est qu’on ne peut plus parler de la diminution du temps de travail, que la durée totale du travail en France hors chômeurs est à 36,5h, alors qu’elle est autour de 30h en Allemagne, et de 31h aux Etats Unis. Autrement dit la différence criante de taux de chômage entre la France et les autres pays est directement corrélée au temps de travail.

Donc il faut remettre le sujet à l’ordre du jour. Mais pas par la contrainte de la loi ! On ne pourra pas vivre longtemps avec 5 millions de chômeurs. Parlez-en autour de vous et aux entrepreneurs que vous connaissez…

PLAN DU SITE