Immense succès du débat « Capitalisme, libéralisme : un état des lieux » à Lyon

Le 5 février au théâtre de la Croix-Rousse , Pierre Larrouturou, membre fondateur du Collectif Roosevelt, débattait avec Jean-Claude Volot, chef d’entreprise et vice-président démissionnaire du MEDEF en charge de l’internationalisation des entreprises, des filières et marché, et Joseph Vogl, philosophe et professeur allemand auteur du « spectre du Capital ».

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Devant le théâtre bondé et surbooké, des personnes venues d’autres départements brandissaient des pancartes où on pouvait lire  « je cherche une place ». Le débat a commencé avec 30 minutes de retard celles et ceux n’ayant pas réservé à l’avance attendant l’ouverture des listes d’attente.

Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de la rédaction de Libération animait ce formidable débat, organisé par la Villa Gillet dans le cadre du cycle “Les vérités qui dérangent”.

Il a montré que les deux intervenants rejoignaient le diagnostic de Pierre Larrouturou sur les ravages du néolibéralisme, qui ont amené une véritable casse sociale et une explosion du chômage de masse.

Le regard très critique sur les conséquences des réformes allemandes apporté par Joseph Vogl, était intéressant pour compléter l’analyse de Pierre Larrouturou s ‘agissant de l’impérieuse nécessite de démocratiser l’Europe et de renégocier les traités face aux  « élites » politiciennes qui nous gouvernent :

  • la politique de Schröder a ruiné l’Allemagne et la socio-démocratie. Cette politique a conduit à la réduction des salaires et la sécurité sur les postes de travail, et à augmenter les exportations au détriment des autres pays européens dont la France.
  • Les marchés pensés comme une « institution sociale » ont accentué au sein de l’Europe le déficit démocratique et la casse sociale
  • la crise de gouvernance et le manque de pouvoir du parlement européen constituent un « véritable coup d’état continu » des hautes instances européennes qui ont pris des mesures mortifères pour les peuples et accentué la financiarisation des Etats et le pouvoir de la finance sur les politiques
  • Le pouvoir a migré du politique vers les banques centrales depuis les années 70, en raison de la dérégulation financière. Les liquidités et le crédit publique ont été déplacées des banques centrales vers les marchés financiers qui « président » désormais nos société.
  • le pacte fiscal, le mécanisme de stabilité européen a augmenté la dépendance entre Etat et finance et les politiques n’ont plus le pouvoir

Pierre Larroutourou a rappelé qu’en Allemagne les 10 % des plus pauvres gagnent 259 € par mois. Les 10 % au dessus gagnent 600 € par mois, et les 20 % des plus pauvres ont des problèmes d’accès au soins et une durée de vie plus courte. La précarité et la pauvreté touche beaucoup plus de personnes qu’en France.

Depuis 2007, quand HSBC a annoncé 10 milliards de pertes, rien n’a été corrigé sur le fond : les gouvernements n’ont pas de doctrine et le court terme devient la stratégie dominante.

Ceux qui spéculent ont la garantie de l’État, c’est pourquoi il est absolument nécessaire de mettre en place une vraie séparation bancaire, celle de la France n’étant qu’un leurre qui ne règle rien.

La participation de Jean-Claude Vollot, grand patron français démissionnaire du MEDEF, a paru fondamentale pour montrer à la fois qu’il y a des interlocuteurs parmi le patronat qui convergent vers les réformes proposées par le Collectif Roosevelt et que les efforts pour provoquer le changement sont à fournir du côté du terrain par ceux qui pilotent le quotidien (entrepreneurs, syndicats, acteurs politiques et associatifs locaux).

Il est en désaccord avec la vision du Medef, qui selon lui se désintéresse des millions de chômeurs. Il défend une prise de conscience de l’intérêt collectif, pointe les  investissements dramatiquement bas qui font que nos outils de production sont devenus obsolètes par rapport à l’Allemagne et estime que les entrepreneurs sont co-responsables de la situation actuelle et doivent assumer. L’idée classique de l’entrepreneur qui veille à la productivité et investit dans son outil de production a été remplacée par un entrepreneuriat déresponsabilisé du domaine social, qui fonctionne comme une institution financière et n’investit plus dans la modernisation de l’entreprise mais dans la finance. Cela conduirait à la migration des entreprises vers des pays où il est possible d’échapper à leur responsabilités.

En appui à cette démonstration Pierre Larrouturou a montré des courbes qui prouvent que 157% du PIB sont partis vers les marchés financiers au détriment des salaires et de l’investissement. Il a rappelé que le travail n’était pas une marchandise et que nous avions besoin d’initier des politiques vers un changement du contrat social pour plus de justice sociale.

Il pointe que les banques privées de la zone euro ont créé 2 680 milliards d’Euros, et la BCE a pu créer 1 000 milliards pour sauver les banques pendant la crise financière. Pourquoi ne le ferait-elle pas pour sauver le climat et créer les emplois qui seraient associés à cette transformation ?

Pour Jean-Claude Volot, les 6 millions de chômeurs montrent l’impérieuse nécessité de trouver des moyens pour avancer et d’éviter les ruptures sociales. La demande de glissement d’un mode de management vertical vers un mode plus horizontal est en train d’apparaître.

Pour lui les entrepreneurs performants sont ceux qui ont des relations avec les autres. Il est primordial selon lui de lutter contre la cupidité, véritable moteur du développement, avec d’un côté la concentration du capital chez quelques uns et de l’autre coté des salariés mis sur le côté. Cette situation ne bénéficierait qu’aux actionnaires car la part du capital qui leur est destinée n’est pas réinvestie dans les entreprises et aboutit à un bilan social dramatique.

Autre point de convergence avec Pierre Larrouturou : l‘automatisation extrême par le numérique va nous imposer la réduction du temps de travail et forcer les politique à remplir leur mission  de préparer la mutation des sociétés.

Les ruptures sociologiques issues du numérique peuvent faire exploser la société. La généralisation des achats sur internet a eu pour conséquence 80 000 chômeurs de plus, et a détruit entre 30 et 40 000 emplois dans les banques.

Rejoignant le discours de Pierre Larrouturou, il a montré comment les 35h imposées unilatéralement, sans tenir compte des spécificités de chaque entreprise, ont tué l’idée de réduction du temps de travail collective.

Des raisons espérer cependant :

  • on a « clandestinement » importé le salaire minimum en Allemagne
  • les coopératives se développent et il y a une vrai demande de participation des salariés aux décisions de l’entreprise
  • l’évolution de modes de management plus responsables se dessine
  • la crise prochaine va arriver : nous allons avoir une deuxième chance de changer le choses
  • des enquêtes sérieuse, dont celle du CEVIPOF montrent que nous somme entrés dans une crise démocratique qui va nous obliger à changer de modèle de développement

Les questions du public, parmi lequel des entrepreneurs, ont montré qu’il y avait une vraie prise de conscience des citoyens de la nécessite pour la société civile d’agir :

  • quelle est la capacité du politique pour apporter des solutions ?
  • La faillite globale ne serait elle pas l’occasion de se réformer ?
  • 95 % des flux financiers ne sont plus accessibles à l’économie réelle : qui peut réguler la finance ?
  • Ne faut-il pas changer de modèle bancaire ?
  • Comment lutter contre les lobbies qui nous ont confisqué notre pouvoir ?
  • Face aux limites environnementales à la croissance, comment repenser une économie non finie dans une planète finie ?
“Lorsque la taxe Tobin sur les transactions financières a été pensée, il était inimaginable qu’elle soit appliquée. Mais aujourd’hui, 11 pays européens, dont l’Allemagne, sont en train de la mettre en place. Alors oui, il faut être inventif. Oui, individuellement, on peut faire changer les choses. Ce sont des citoyens qui ont fait tomber le mur de Berlin, l’apartheid et il rappelle que chacun de nous peut changer le monde et  qu’il nous appartient de prendre le pouvoir.” 
 – Pierre Larrouturou

Compte-rendu rédigé par le groupe local Rhône du Collectif Roosevelt

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