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« Les inégalités sociales », Nicolas Duvoux, 2017.

Le livre « Les inégalités sociales » de Nicolas Duvoux dresse un panorama très large des inégalités, de leurs origines et de leurs interactions. Il croise les différentes approches : économiques bien sûr mais aussi sociales et sociologiques, historiques. Nicolas Duvoux montre que « loin d’être des faits bruts, les inégalités sont le produit de relations sociales inégalitaires… les inégalités comportent une forte dimension symbolique ». Cela se traduit par exemple par le caractère conventionnel des systèmes de mesure de la pauvreté. En Europe, le seuil de pauvreté est calculé de manière relative (60% du revenu médian) alors qu’aux Etats Unis, il correspond à un montant fixe, censé représenter le minimum vital.

Dans un premier chapitre Nicolas Duvoux présente les différents indicateurs de mesure des inégalités, leurs limites, la manière de les interpréter.

Dans une deuxième partie, il aborde les questions d’inégalités économiques, de revenus et de patrimoine. Les inégalités sont de retour, après avoir fortement diminué au cours du 20ème  siècle (en 1910, 10% de la population occidentale détenait 90% des richesses nationales, et 45 à 50% des revenus). Les inégalités augmentent moins en France qu’ailleurs : effet de la résistance des français aux fameuses « réformes » du marché du travail ? Pour Nicolas Duvoux, les choses sont claires, nous lutterons contre les inégalités de manière plus efficace en agissant d’abord sur les écarts de revenus que par le biais de la fiscalité et de la redistribution qui sont des moyens complémentaires : un bon plaidoyer pour le partage équitable du travail et des revenus que défend le Collectif Roosevelt.

Nicolas Duvoux croise ensuite cette approche économique avec les inégalités d’origine ethno-raciales, de genre, d’âge, liées au handicap ou au lieu de résidence. On mesure le coût important des mécanismes de discriminations, ségrégation et stigmatisation pour la société tout entière. Cette approche a l’avantage de sortir d’une « vision » trop victimaire des discriminations et de montrer que ces dernières ne s’opposent pas aux inégalités sociales et économiques plus classiques mais les renforcent. Les femmes ont des retraites moins importantes que les hommes par exemple.

Les classes sociales sont-elles encore un paradigme efficient pour penser les inégalités ? Comment leur appréciation a-t-elle évolué dans le temps ? Comment les facteurs d’exploitation ont-ils évolué vers la précarisation ? On veut nous faire croire à la disparition des classes sociales. Elles se sont transformées, se sont aujourd’hui fragmentées, mais elles sont toujours là. Les ouvriers et employés (près de 50% des travailleurs) voient aujourd’hui leurs revenus stagner et l’écart avec les cadres augmenter; le taux de chômage touche quatre fois plus les ouvriers non qualifiés que les cadres supérieurs.

Aux Etats Unis, la dégradation des conditions de vie est particulièrement forte pour les classes ouvrières blanches non diplômés…ce qui explique sans doute le vote aux extrêmes.

Mais c’est sur le plan du “capital culturel” que la démonstration est particulièrement saisissante. Il a de plus en plus partie liée avec les inégalités économiques. L’injustice est flagrante : « les inégalités sociales de départ sont transformées en mérite individuel par le diplôme… Non seulement les classes dominantes détiennent le quasi-monopole de ce qu’on appelle “capital culturel”, “mais ce sont elles qui font évoluer les critères de distinction à mesure que les autres groupes les rattrapent ». La famille est lieu de transmission privilégié du capital culturel mais aussi l’école : le lien est établi entre faiblesse des inégalités sociales et scolaires. “Ainsi le rapport éducatif des classes moyennes est marqué par une forme de planification de la part des parents et une forme de négociation avec les enfants, alors que les classes modestes valorisent la croissance naturelle, avec une autorité plus affirmée ce qui induira ensuite un comportement différencié producteur d’inégalité au sein de l’école“. Les enfants de classes moyennes sont mieux adaptés au système scolaire, ce qui a des effets avant même l’entrée en maternelle.

Dans un dernier chapitre, Nicolas Duvoux montre comment les inégalités se cumulent et s’entrecroisent, les unes les autres … « ce qui n’empêche pas la diffusion d’une représentation individualisée de ces inégalités. Cette représentation est non seulement une condition sociale mais aussi une production institutionnelle qui légitime les inégalités ».

Ainsi, « une des dimensions les plus saillantes des inégalités touche à l’individualisation de leur représentation, ce qui se traduit par la diffusion de modèles normatifs favorisant la compétition. Ces derniers occultent les processus producteurs d’inégalités. Il s’agit d’une forme renouvelé de domination ».

Et il conclut : « opposer la lutte contre les inégalités ethno-raciales et de genre à la lutte contre les inégalités sociales n’a aucun sens, tant les différentes formes sont articulées ». Nous en sommes bien persuadés au Collectif Roosevelt. Mais peut être devrons nous être plus sensibles aux inégalités ethno-raciale et de genre si par exemple nous voulons lutter efficacement pour l’accès à l’emploi aujourd’hui.

Ce petit livre se lit facilement et est accessible à tous. Il est très dense et nécessite une bonne concentration pour en tirer toute sa substance. Il est susceptible d’élargir la réflexion au sein d’un mouvement comme le Collectif Roosevelt sur la question des inégalités qui sont liées entre elles et s’influencent les unes les autres.

 

Bruno Lamour

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