« L’idéologie néolibérale : ses fondements, ses dégâts », Claude Simon, 2016.

 

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Nous ne sommes pas que des êtres rationnels gouvernés par nos intérêts. Nous sommes des être sociaux complexes, influencés par nos passions, nos peurs, nos désirs, nos origines sociales et familiales, nos enfances, nos certitudes, nos croyances, nos convictions, nos idéologies, lesquelles évoluent à la fois vite et lentement, évolution que nous percevons vaguement sans toujours la comprendre clairement.

Ainsi en va-t-il de l’idéologie libérale, devenue néolibérale, qui, en quelques décennies, a profondément transformé notre cadre de pensée, notre vocabulaire, nos attitudes et nos habitudes, nos manières de produire et de consommer, et notre façon d’être citoyens dans une démocratie.

Peu d’historiens se sont attachés à décrire cette profonde transformation.

Avec son habituel style clair et direct, Claude Simon en a réalisé la description, bien écrite et bien décrite, qui paraît aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies.

Il décrit d’abord le libéralisme lui-même, qu’il enracine dans la période des Lumières2. Il en détaille avec clarté les erreurs, les méfaits, mais aussi les apports positifs.

La seconde partie, plus actuelle, trouve dans les écrits de Hayek et Friedman les inspirateurs d’un profond mouvement d’idées qui va conquérir le pouvoir politique avec Tchatcher, Reagan, puis, la France, de manière plus masquée et paradoxale via le pouvoir « socialiste » à partir du tournant de 1983. Le remplacement de l’État par le Marché, la déréglementation, le monétarisme, la financiarisation se sont imposés pas à pas, mais de manière implacable.

La troisième partie, tournée vers l’avenir, décrit les conséquences de plus en plus funestes de ces évolutions, qui se poursuivent en semblant prôner l’individu, mais en fait en le broyant dans un réseau de contraintes de moins en moins supportables. Performances, compétitivité, inégalités, asservissement de l’État à la Finance sont mis en cohérence comme les conséquences inévitables d’un système de pensée qui aboutit aux conséquences exactement contraires à ses principes initiaux, qui étaient au contraire de libérer l’individu3.

Pas cher, ce petit bouquin est donc une lecture indispensable : il met en perspective l’enchaînement des fausses évidences qui conduit à la destruction de nos démocraties, lesquelles se voulaient civilisées.

Pas très encourageant.

Suggérons à l’auteur, pour la deuxième édition, d’ajouter une quatrième partie qui explicite les pistes pour inverser la tendance, pistes qui sont clairement, mais trop brièvement esquissées à la fin de la conclusion…

Michel Crinetz

 

1 Bravo pour la présence d’un index très pratique, utilitaire trop souvent zappé par les éditeurs français.

2 Même si on peut contester son classement de Rousseau et Kant parmi les pères du libéralisme. Le premier soumettait la volonté de l’individu totalement à l’intérêt général, le second totalement au respect de la loi, sans qu’il ait à délibérer si la loi est bonne ou mauvaise : deux idées contraires au libéralisme.

3 Comme l’écrivait Bossuet, les hommes déplorent les conséquences des phénomènes dont ils persistent à chérir les causes.

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