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« L’inégalité nuit gravement à la santé », Richard Wilkinson, 2002.

Voici un livre qui vaut la peine d’être lu : “L’inégalité nuit gravement à la santé” de Richard Wilkinson. Sous-titré: “Hiérarchie, santé et évolution”.

Richard Wilkinson était intervenu en 2014  à la conférence Francqui à Bruxelles, sur la transition vers des sociétés durables, intitulé un “5e projet pour l’Union européenne”.

Mais revenons-en au livre.

Ainsi, page 8, “on s’aperçoit aujourd’hui que les liens de cause à effet les plus importants entre la santé et les conditions de vie sont de nature psychosociale, autrement dit que les processus biologiques responsables de la maladie sont souvent déclenchés par des pensées, des sentiments, et des comportements associés à la situation matérielle et à la position sociale.”

Le problème est celui de l’anxiété sociale.

Il y a (page 9) un degré d’anxiété et de stress induit au niveau individuel par la structure de la société et la place que chacun de nous occupe au sein de cette structure”. Et, page 14, “il s’agit simplement de reconnaître que la pauvreté relative a des effets psychosociaux indirects étonnamment puissants.” Et (page 20) : “l’infériorité sociale augmente l’anxiété.”

On ne s’étonnera pas que “ce sont les pays développés les plus égalitaires, et non pas les plus riches, qui ont l’espérance de vie la plus longue” (page 18).

Alors que nos sociétés ont des violents penchants d’intolérance se manifestant notamment dans l’extrême-droite, il faut mettre en relief ici (pages 20-21) que “les tendances jouant en faveur (ou au détriment) de l’égalité et de la santé sont systématiquement accompagnés par des gains (ou des pertes) équivalents en ce qui concerne la cohésion sociale.”

L’auteur parcourt des idées comme celles de la fréquence des sentiments d’hostilité liés à des jugements d’ordre moral reliés eux-mêmes à l’amplitude des inégalités. Page 23 il évoque un indice de communauté civique établi par Putnam pour l’Italie. Et le fait que “les taux d’homicide soient plus élevés dans les pays où l’inégalité est particulièrement forte.” Il dira aussi (page 29) que “plus les inégalités  de revenu sont fortes, plus la violence, la méfiance, l’hostilité se répandent, et moins les gens s’investissent dans la vie collective.”

En lien avec la segmentation de la société, il observe (page 31) que la hiérarchisation des sociétés humaines se fonde sur le pouvoir, la contrainte, un contrôle de l’accès aux ressources qui ne tient pas compte des besoins des plus faibles. A l’inverse, l’amitié encourage la réciprocité, l’entraide, le partage et le souci de répondre aux besoins d’autrui. Le statut social et l’amitié constituent par conséquent deux options inverses permettant aux êtres humains de vivre ensemble : l’un privilégie l’exercice du pouvoir au sein  de structures de domination et de subordination; l’autre la reconnaissance des obligations sociales réciproques et de l’entraide.

Tout un chapitre concerne une biologie du stress chronique (pages 45 et suivantes). Tandis que (pages 63 et suivantes), tout un chapitre fait le lien entre le niveau de vie et l’anxiété sociale (qu’on pourrait appeler la “peur du jugement social négatif”). Cette question d’anxiété sociale est vue (page 78) “pour expliquer le poids considérable des facteurs de risque sociaux.”

Il explique aussi les violences qualifiées à tort de gratuites envers ceux qui sont socialement inférieurs (page 81). Il évoque la “Radfahrer-Reaktion”. Page 82 “les périodes de récession économique encouragent la recrudescence du racisme, de la discrimination à l’ égard des minorités vulnérables, du nationalisme. […] Les gens qui ont honte de leur situation, qui se sentent stigmatisés ou infériorisés peuvent chercher à reconquérir la dignité et et le respect par le biais de l’identité, en affirmant leur supériorité sur les immigrés et autres minorités raciales ou religieuses plus vulnérables qu’eux.” Notons que question du repli identitaire a été très marquée ces derniers temps et très angoissante pour les démocrates.

Voici donc une réflexion riche pour l’action d’aujourd’hui. J’invite les personnalités à être très conscientes aujourd’hui quand elles prônent une compétition tous azimuts entre individus, qu’elles créent des groupes de gagnants versus des groupes de perdants. L’hyper concentration des richesses et des revenus dans les mains de quelques uns est un facteur d’instabilité et d’anxiété sociales sans précédent. Les Etats qui abritent des paradis fiscaux constituent ainsi un problème majeur, en particulier pour l’Union européenne, confrontée à la montée identitaire. Et dans le monde des entreprises, le fait de préférer des jobs précaires pour les travailleurs (comme des contrats à durée déterminée – CDD) va dans le sens de l’amplification de la détresse sociale et des effets secondaires qui l’accompagnent.

Quelques mots pour conclure: liberté, égalité, fraternité et santé pour tous.

 

Eric Watteau

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