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« Au réveil il était midi », Claude Ecken, 2012.

 

Notre société va mal, on le sait.

Certains auteurs analysent la situation d’une façon économique, politique, écologique… d’autres l’analysent sous forme d’histoire, comme Claude Ecken. Au Réveil il était midi met en scène des gens ordinaires, dans des situations de tous les jours. Chaque nouvelle aborde un domaine précis : éducation, santé, social, sécurité…, des portraits et des scènes de la vie quotidienne, qui, mis bout à bout, dressent un tableau assez exhaustif de notre société et de son très proche avenir.

Résolument enraciné dans le présent et l’actualité (faits divers, dérapages politiques, mesures politiques ou sociales), chaque récit montre notre société par le filtre d’une personne dans une situation donnée.

Le recueil démarre par Asphyxie : un monologue d’un père qui sermonne son adolescent sur un comportement répréhensible, sur fond de totalitarisme de la pensée. Soutien psychologique met en lumière l’hypersensibilité de notre société, les choix discutables de prise en charge et les outils que l’humain met en œuvre pour devenir résilient. La Foire aux palabres, revient sur le comportement odieux d’une politicienne sur un marché, raconté selon le point de vue de l’homme ayant vécu cette situation humiliante. Je Vous Apprendrai La Haine met en scène un jeune de banlieue et un homme d’âge mûr entre déballage de griefs et composition musicale. Nous suivons, dans Sparadrap et bout de ficelle, une femme dans son parcours du combattant dans la jungle des services sociaux. La Morale de l’Histoire nous plonge dans l’univers de L’Éducation Nationale et des normes sociales au travers des ennuis d’une jeune prof. La Petite Fille entre deux mondes nous fait découvrir les drames des centres de rétention et des politiques migratoires. Schizonoïa décrit l’apparition de nouvelles maladies psychologiques sous l’effet de contraintes impossibles à tenir. La Ville de cristal nous permet de déambuler dans une ville sous haute protection qui généralise le système de surveillance urbain jusqu’à analyser les comportements dans la rue. Pierre Martino, un cas épingle la justice, les services sociaux et la façon de traiter la jeunesse. 2021 nettement plus prospectif que les autres nous fait découvrir l’emprise sur nos vies des grandes sociétés qui dirigent le monde.

La progression des histoires nous conduit dans un futur pas très éloigné, celui de demain, notre avenir.

On pourrait considérer que ce recueil de nouvelle appartient à la littérature de science-fiction. Pour ma part, je le range dans la catégorie «sociologie prospective», parce qu’il analyse les dérives auxquelles nous assistons dans une perspective prospective. Dans chaque histoire, l’auteur pioche des éléments du présent et en insère d’autres qui ne manqueront pas de survenir, au train où vont les choses. D’une histoire à l’autre, il nous conduit vers des situations prévisibles, vers des contextes crédibles, vers des lendemains malheureusement probables. Le titre « Au Réveil il était midi », emprunté à Rimbaud, rappelle qu’il n’est pas trop tard, mais qu’il est largement temps de se bouger.

Bien documenté, d’une lecture agréable, ce recueil fait prendre conscience que tous les pans de la société sont touchés par des dysfonctionnements qui passent les gens sous un rouleau compresseur. Néanmoins, les histoires ne sont pas larmoyantes, les personnages sont résolument actifs, le ton est profondément humain. L’auteur distille des scènes d’une belle humanité et l’empathie que l’on peut ressentir pour les personnages ne se substitue pas à l’analyse rigoureuse et argumentée des situations qu’il décrit.

Dans chaque histoire, il nous montre que malgré un environnement dégradé, il est toujours possible de rester vigilants et de s’opposer à sa façon, par l’exemple, pour faire société.

 

Sylvie Descorps Hartmann

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