« Savez vous vraiment ce qu’il y a dans votre assiette ? », Isabelle Brockman et Dr Robert Barouki, 2016.

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Assis à un bar avec mon sandwich au saucisson et un verre de lait j’ai commencé le livre d’Isabelle Brockman et Robert Barouki « Savez vous vraiment ce qu’il y a dans votre assiette ? ». Je savais que ce repas n’était pas idéal pour ma santé. J’étais loin du compte. En fait j’ignorais l’essentiel : il est très probablement néfaste.

Pire, on découvre progressivement à la lecture du livre que la médecine ne maîtrise pas grand-chose des risques potentiels liés aux cocktails de résidus chimiques qui « peuplent » nos repas. Le docteur Barouki avoue à même à demi-mot en conclusion du livre qu’un nouveau chapitre doit être ouvert en matière de toxicologie : l’étude des cocktails de cocktails que constituent nos repas quotidiens. A moins de bien connaitre l’origine de nos aliments, nous sommes probablement dans une conduite à risque lorsque nous mangeons. Sans jeu de mots, tout cela est déjà difficile à avaler.

Bon, je termine mon sandwich ou pas ?

Mais le pire est ailleurs. Car ce livre est une véritable enquête, documentée, détaillée sur les pratiques de l’industrie agroalimentaire. Ca tient à la fois du polar et du roman de science fiction : âmes sensibles s’abstenir. Que ce soit pour les végétaux, je cite au hasard les 39 traitements subis par une pomme avant d’arriver dans votre assiette ou les tomates qui grandissent hors sol, ou pour les animaux.

Parlons des animaux, car c’est assez emblématique du système. La presse s’est émue récemment de leurs conditions d’abattage, et c’est vrai qu’elles sont assez ignobles. Mais leurs conditions de « vie » (est-ce encore le bon mot) sont bien pires. Je pense par exemple aux truies entravées dans leurs cages pour qu’elles n’écrasent pas leurs progénitures qu’elles allaitent, et qui sont alimentées par tuyaux ; transformées en machines à produire du lait. Autre exemple, la promiscuité est telle dans les élevages de poules surpeuplés qu’elles prennent chaud ce qui est mauvais pour leur développement. La solution ? On va créer des poules sans plumes. Il fallait y penser.

C’est tout le système productif qui est décrypté, analysé, décortiqué, et qui peu à peu crée chez le lecteur un véritable malaise. De quoi nous rend-on complice dans cet acte simple de la vie qui est de prendre un repas. Ce livre révèle à quel point de folie nous sommes arrivés, typique d’une société qui a sacralisée la technique : plutôt que de remettre en cause une technologie qui pose trop de problèmes, on en cherche de nouvelles pour résoudre les problèmes de la précédente et ainsi de suite, on s’enfonce dans le délire. Ce qui est grave, c’est que c’est un véritable système, profondément méprisant pour la vie. La vie animale n’a plus de valeur. Elle ne se justifie que si elle est encore capable de produire et produire toujours plus de viande, d’œufs, de lait, quelque soit leurs qualités (ou absence de qualité) nutritives et leurs conditions de productions.

Ce livre est assez unique car il rassemble des éléments souvent épars, quelques fois inconnus du grand public et donne ainsi un panorama effrayant de ce qu’est de venu l’agriculture et l’élevage entre les mains des hommes du XXI eme siècle, un système qui dévore et qui vomit… L’ouvrage de Isabelle Brockman et Robert Barouki constitue un véritable plaidoyer pour l’agriculture biologique, les circuits courts des produits de base, à rouvrir nos livres de cuisine.

Je n’ai pas pu finir mon sandwich, je me suis inscris à une AMAP …

Bruno Lamour

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