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Demain – le film, une présentation de « petits pas » sans impacts réels possibles ?

 

Réactions à une critique du film, visible en suivant le lien suivant : http://www.investigaction.net/ce-que-le-film-demain-ne-vous-a-pas-dit/

 

J’ai lu cette critique le jour de la Journée de la Transition 2016, au soir de la projection du film « Demain » dans une salle d’une petite commune jouxtant Paris, suivie d’un exercice de réflexion des spectateurs sur ce que les expériences présentées leur faisaient imaginer comme alternatives possibles pour leur commune. J’avais en tête les nombreuses réactions de « positive attitude » exprimées à la suite du film. Donc je voudrais commencer ma réaction à cet article en saluant le film pour avoir permis une expérience de réflexion collective citoyenne, pas si fréquente !

Je salue aussi l’empathie déclarée par l’auteur pour plusieurs thèmes du film, qu’il incarne, nous dit-il en préambule, dans sa vie personnelle.

J’entends bien la critique principale: on ne changera pas en allant par « petits pas » une situation aussi grave que celle que produit le capitalisme contemporain.

Je crois que l’opposition entre réformisme et révolution structurant l’article renvoie à des formes de « luttes » différentes de celles qui se jouent dans les transitions opérées par les acteurs et les groupes décrits dans le film. Et elle aveugle, empêchant de voir ce qui est autre. Dans le « réformisme » de l’histoire du mouvement socialiste et ensuite socialiste-communiste, les « petits pas » exprimaient des victoires partielles soit en termes politiques soit en termes de droits nouveaux – les « acquis sociaux ». Ici, il s’agit d’expériences qui sont vécues comme ouvrant volontairement vers une autre société que celle structurée par le système dominant. Cela va de changement individuels radicaux dans les modes de consommation à des réalisations concernant des centaines de milliers d’habitants, comme à Copenhague, franchissant le pas de l’énergie électrique entièrement renouvelable, ou bien à des milliers d’entreprises dans le réseau Balle aux Etats Unis, et le réseau WIR en Suisse, expérimentant d’autres processus contractuels que la « concurrence libre et non faussée ».

J’écarte les analyses trop rapides de quelques exemples, comme celles sur le commerce équitable et la nourriture bio. Deux cas où des études approfondies sont maintenant disponibles. Les qualités nutritives de la nourriture bio sont 30% supérieures à l’alimentation traditionnelle ; si on intègre cette donnée, moins manger en bio équilibrerait largement la différence de prix sur le marché. Si l’information du grand public était suffisante, mais aussi l’offre, il est vrai (5% seulement des agriculteurs en France cultivent en bio), l’idée que le bio n’est réservé qu’aux classes aisées tomberait d’elle même.

De belles expériences de commerce équitable se poursuivent, avec un réel mieux être des producteurs de base. Malheureusement, des comportements de dévoiement ont eu lieu à l’intérieur de cette filière ; et trop de concurrence interne ont terni l’aura première de cette belle idée.

Je relève un double jugement de valeur, sur les spectateurs du film comme sur les acteurs des alternatives. Mes nombreux contacts, depuis plusieurs années, ne corroborent pas ces positions.

La majorité des spectateurs sont très conscients que les actions présentées ne vont pas mettre à bas le système terrible dans lequel l’humanité est engluée. Ils savent parfaitement que les transformations, traitées dans le film sur un ton assez joyeux, demandent des efforts importants. Les voir réalisées avec succès libère l’imaginaire, sans occulter les efforts.

Tant qu’aux acteurs, ils se heurtent directement aux « intérêts puissants » du système dominant : la perspective locale ne les leur fait nullement oublier ; elle révèle parfaitement la « puissances des lobbies », aujourd’hui même…très souvent soutenus par des politiques souvent complices !

Les « transitionneurs » – ceux qui entrent résolument dans les différentes formes de transition – savent très bien différentier les niveaux des mécanismes mercantiles et institutionnels auxquels ils se heurtent. Ce n’est pas parce qu’ils « font du local » qu’ils font du « localisme » !! Mais ils veulent utiliser toutes les « jeux » possibles pour inventer des solutions, aller aux limites de ce qui est permis, trouver des alliés, souvent au niveau local, mais pas seulement.

Ils voient bien que des butoirs apparaissent à tous les niveaux, psychologiques (le système dominant formate les consciences), cognitifs (il formate les manières de penser), législatifs, médiatiques (alors que plus de trois cents rencontres autour de la transition avaient lieu le 24 septembre dernier, une émission très écoutée sur France Culture ne signalait ce matin là comme événement national que la « Fête de la gastronomie »…), politiques – le personnel politique se comporte comme s’il était sourd à ces démarches.

Ne prenons qu’un seul exemple, celui de l’habitat participatif; quand on s’engage dans un tel projet, qui est d’habiter avec d’autres personnes en partageant des espaces, des équipements mais aussi des moments de vie, chacun ayant un espace privatif, renouvelant ainsi une manière d’habiter, des obstacles se dressent immédiatement : la propriété du foncier, les règles complexes d’occupation du sol, les habitudes bancaires et notariales. Allez expliquer à un notaire que vous allez être à la fois propriétaire collectivement et chacun locataire – ce que permet un article d’une loi de 2014 (la Loi ALUR) !!! A l’aune de tous ces blocages, les prises de risque sont très perceptibles !! C’est peu connaître ce milieu que de dire que les difficultés pour changer ne sont pas perçues et les obstacles évités!!

Faisons un pas de plus : notons que ce sont souvent les mêmes personnes qui agissent localement (banques de semences en Inde ; Kokopelli en France) et luttent localement et/ou globalement contre le système capitaliste : en Inde mouvement de femmes pour protéger les arbres ; en France les Faucheurs volontaires, les Zadistes : Vandana Shiva est tout autant activiste de renommée mondiale et promotrice des banques de semences indiennes que la paysannerie peut parfaitement gérer comme un bien commun, si on ne la pousse pas au désespoir par un système de semences OGM écocide.

Comment percevoir l’impact sociétal des mouvements précédents ?

Pendant un temps, des pionniers ont dit : la situation écologique, sociale, est catastrophique : on tente, on fait ! Ils ont avancé, avec des changements sensibles de modes de vie – jugés comme des « sacrifices » par beaucoup – et une grande énergie. Se détournant de la politique, ne croyant plus à la possibilité de se faire entendre dans l’espace public, encore moins par la « représentation » politique, Certains, nombreux, sont encore sur cette ligne. Mais un mouvement s’amorce, qu’on veut croire significatif.

Leur « œuvre » est venue rencontrer la grave crise politique actuelle, alors qu’un mouvement citoyen se met en route en France (le film n’aurait-il pas eu un certain rôle de déclencheur ?). Il se décline sous divers vocables : convivialisme, mouvement des communs, assemblées locales de citoyens (suite à la reprise en main de leur municipalité par les habitants d’une petite commune de la Drôme), et avec des noms qui commencent à se faire connaître : La Belle Démocratie, Jours heureux – Le Pacte, Nuit debout bien sûr… On parle de « réappropriation citoyenne du politique », de pouvoir citoyen…

Pour tenter de sortir de l’opposition binaire rappelée au début, je propose une image utilisée dans de nombreux groupes engagés dans la transition, celle de la métamorphose. Au tout début de la transformation de la chenille, de nouvelles cellules apparaissent ; elles font ensuite réseau entre elles et construisent petit à petit les organes de ce que sera le futur papillon – un être parfaitement autre que la chenille, comme on le sait… Eh bien, les expériences de transition ne seraient-elles pas les cellules d’un nouveau système ?

Oui, imaginer être dans une phase de ce type aide vraiment à penser et à agir en conséquence. Les supposés petits pas prennent un tout autre sens…

Les multiples signes d’un craquement mondial sont là. Va t-on vers une bascule, un effondrement ? L’apparition du papillon passera par des chocs dont nul ne sait ce qu’ils seront. En tout cas gageons que les réalisations d’aujourd’hui, si bien décrites dans « Demain », seront vues par les historiens de « l’après » comme des facteurs de résilience qui auront rendu le passage peut-être moins douloureux…Sur ce seul point, elles méritent nos encouragements…et même notre participation active.

« La métamorphose qui nous attend, ou plutôt que nous attendons, est et sera unique, singulière. On ne peut discerner avant ce qui sera après. Mais l’après ne sera pas l’avant en gigantesque : il sera nouveau ». Edgar Morin

 

Rédacteur : Claude Henry (12 octobre 2016)

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