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Les marchés financiers sont plus malins que M. Madoff

 Michel Crinetz, 5 déc. 2016

 

Madoff faisait en petit et en mensonger ce que les marchés font en grand et en trompeur.

Madoff recevait l’argent des investisseurs.

Ensuite, il leur envoyait des papiers intitulés « relevés de compte » où leurs placements avaient pris de la valeur. Ils étaient ravis et laissaient leur argent chez Bernard L. Madoff Investment Securities LLC(BLMIS).

Jusqu’à décembre 2008 où, paniqués, ils ont voulu tous à la fois récupérer leur argent, augmenté de toutes ces plus-values, et ont découvert que leurs relevés de compte ne valaient pas tant que ça. On a mis M. Madoff en prison, mais ils étaient partiellement spoliés[1] quand même, sauf les plus rapides qui ont réussi à se faire rembourser avant la découverte de la fraude.

Les marchés financiers  reçoivent l’argent des investisseurs, et le placent dans des papiers appelés « actions, obligations, fonds de placement », etc. Et ils leur envoient des papiers[2] intitulés « relevés de compte » où leurs placements ont pris de la valeur. Les investisseurs sont ravis et laissent leur argent.

Jusqu’au jour où la bulle éclate, et où leur relevé de compte baisse sensiblement. Paniqués, ils veulent récupérer leur argent, accentuant encore la baisse de la valeur de leurs avoirs. Sauf pour les plus rapides qui ont vendu en haut de la bulle.

 Quelle est la différence ?

La différence est qu’on n’envoie pas les banquiers et autres gérants de fonds en prison.

 Pourquoi ?

Grâce aux marchés, justement.

Les relevés de Madoff étaient mensongers et trompeurs, car ils listaient des titres qui ne figuraient pas réellement sur le compte[3].

Les relevés de marché sont véridiques et trompeurs. Ils contiennent réellement les titres qu’ils énumèrent, et leur valeur peut être vérifiée en consultant la cote. C’est plus malin.

 Pourquoi sont-ils trompeurs ?

Parce qu’ils sont comptabilisés en valeur de marché. Valeur de marché exacte pendant un instant (l’instant capté par le relevé), mais instable et non garantie, donc trompeuse.

Tant que les gens laissent leur argent, la valeur est vraie, comme chez M. Madoff : ses clients qui avaient besoin d’argent se faisaient effectivement rembourser conformément au dernier relevé[4].  Mais quand, paniqués, tous veulent récupérer leur argent en même temps, le marché s’effondre, et ils perdent beaucoup.

Comme tout est objectif et vérifiable, les gens perdent de l’argent, mais personne ne va en prison. Il n’y a pas de fraude. Tout est fait dans les règles.

Seuls s’enrichissent les banquiers, les gérants de placements, les intermédiaires de marché, rémunérés à la commission, et les plus rapides, qui sortent avant les autres.

Le fondement de toute escroquerie est de faire miroiter des espérances de gain. Celle de M. Madoff était individuelle, artisanale, subjective, mensongère et donc coupable[5]. Celle des marchés financiers est collective, industrielle, objective et donc innocente[6].

C’est malin, non ?

 

 

[1] Le liquidateur Irving H. Picarda déjà procédé à sept distributions au prorata de sommes récupérées, soit 11,2 milliards de dollars sur les 17,5 confiés : soit 64%, sachant que ceux ayant moins de 500.000 dollars sont remboursés en priorité. Sur les quelque 6 milliards restant, reste encore à faire la part des somme indûment transférées et des sommes appropriées par M. Madoff et les siens, sommes qui ont du reste été en parie saisies. Une goutte d’eau dans les pertes causées par la crise ; M. Madoff a servi de bouc émissaire, pour ne pas dire de diversion. Ce sont surtout des espérances qui ont été ruinées. M. Madoff a commis deux infractions distinctes : le vol, consistant à ne pas rendre une partie des sommes confiées ; et l’escroquerie, consistant à faire miroiter des sommes supérieures. Sur les 65 milliardsvirtuels qu’il avait prétendument en gestion, il n’en avait en fait qu’environ un milliard sur son compte au moment de sa chute.

[2] Manière de parler. Maintenant, c’est informatisé, dématérialisé, virtuel

[3] Et oubliaient de mentionner les sommes prélevées par M. Madoff lui-même.

[4] Ce sont ceux qui se sont fait payer en dernier qui ont en fait dépouillé les moins rapides, ce pourquoi le liquidateur, en les considérant en fait comme des complices de M. Madoff, leur fait progressivement rendre gorge, dont 17 « gros » (y compris le fisc américain, car BMIS lui payait scrupuleusement les impôts dus sur les dividendes payés par les titres prétendument détenus sur les comptes étrangers !). Qu’il ait gonflé les relevés fait qu’il s’agit bien d’une pyramide (rien de plus stable qu’une pyramide, mais une pyramide de Ponzi, elle, repose sur sa pointe), et non d’une simple chaîne. Mais, lors d’une bulle, les marchés gonflent pareillement vos relevés, et sont donc une pyramide aussi. Seulement beaucoup plus grosse, et tout à fait légale…

[5] C’était pourtant un homme avisé ; il avait compris que ce n’était pas prudent de mettre l’argent de ses clients dans les marchés, qui montent et qui descendent. Comme l’a dit l’une de ses clientes : « je lui suis reconnaissante : pendant des années, il m’a donné l’illusion d’être riche… ». Les marchés sont moins constants.

[6] C’est pourquoi le désir de certains d’envoyer les financiers en prison est difficile à réaliser, voire inutile. Ce ne sont pas les hommes qu’il faut changer, ce sont les lois.

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